Une étude de pré-faisabilité sur la lutte contre l’érosion côtière est actuellement menée le long du littoral de la République démocratique du Congo, entre Nsiamfumu et Banana Point. L’initiative a été annoncée par Rob Steijn, expert international en gestion de l’eau, chef d’équipe en Réduction des Risques de Catastrophes (DRRS), président du Netherlands Water Partnership et morphologue côtier principal, à travers une publication sur son compte LinkedIn.
Selon l’expert, « chaque côte est unique, mais elles partagent souvent des défis similaires ». C’est dans cette optique qu’il a effectué, à la fin du mois de février, une mission de terrain dans cette zone côtière stratégique. Cette mission s’inscrit dans le cadre d’une étude réalisée pour Invest International, en collaboration avec Jasper van der Werff ten Bosch, représentant de la société Aquaverum.
Avant cette descente sur terrain, une première analyse avait été menée à partir d’images satellitaires et de diverses sources de données disponibles. Celle-ci portait notamment sur la dynamique côtière, les phénomènes d’érosion et les variations du trait de côte. Toutefois, comme le souligne Rob Steijn, « on ne voit que ce que l’on voit », insistant ainsi sur la nécessité de confronter les hypothèses théoriques aux réalités du terrain.
La mission a également permis de consulter les parties prenantes locales afin de mieux cerner leurs priorités. Les experts rappellent que les mesures de lutte contre l’érosion côtière sont généralement coûteuses, mais qu’elles peuvent gagner en pertinence lorsqu’elles s’inscrivent dans une approche multifonctionnelle et intégrée de développement du littoral.
Des constats préoccupants
Les premières observations dressent un tableau inquiétant de l’évolution du littoral congolais :
- Une réduction significative de la largeur des plages de sable a été constatée au cours des dernières décennies. Aucune zone d’accumulation n’a été identifiée, suggérant que le sable a été soit transporté vers des zones plus profondes, soit extrait du système côtier. L’exploitation du sable apparaît comme un facteur aggravant, phénomène également observé à l’échelle mondiale.
- Les falaises, qui représentent environ 20 % du littoral, subissent une érosion rapide par endroits, estimée entre 1 et 3 mètres par an. Cette situation est accentuée par la disparition des plages qui jouaient auparavant un rôle protecteur. Par ailleurs, les sédiments issus de l’érosion des falaises ne contribuent pas à la régénération des plages en raison de leur granulométrie trop fine.
- Des infrastructures de protection datant de l’époque coloniale, constituées de blocs de pierre de 20 à 100 kg, ont presque entièrement disparu. Ces matériaux ont été progressivement récupérés par les populations locales pour des usages de construction, tout comme le sable des plages et les pierres des affleurements environnants.
- Des interventions récentes, notamment à proximité de Nsiamfumu, ont été mises en place pour ralentir l’érosion des falaises. Toutefois, celles-ci présentent des défauts de conception et semblent peu efficaces face à l’ampleur du phénomène.
Vers une stratégie durable et concertée
Face à ces constats, la question centrale demeure : quelles solutions adopter pour concilier protection du littoral, besoins des populations et viabilité économique des investissements ?
Les experts soulignent l’importance d’élaborer des stratégies qui respectent la dynamique naturelle des côtes. « Tant que les interventions s’alignent sur les forces de la nature, les résultats seront durables », affirme Rob Steijn.
Dans les prochaines étapes, Jasper van der Werff ten Bosch présentera les conclusions de cette étude lors d’une mission ultérieure en République démocratique du Congo. Ces résultats seront discutés avec les différents acteurs concernés afin de définir des orientations adaptées.
Au-delà des solutions techniques, cette initiative met en évidence l’importance d’une connaissance approfondie du système côtier naturel. Une condition essentielle pour garantir des interventions efficaces et durables face aux défis croissants de l’érosion côtière.
SERGE GATA



17 Mars 2026
0 Comments